Fiche de lecture n°6
Musique 2.0 : quelques points de repères et réflexions sur la musique numérique
Galaup Xavier, Musique 2.0 : quelques points de repères et réflexions sur la musique numérique. 2 novembre 2006. site de l’ACIM [en ligne] <http://www.acim.asso.fr/article.php3?id_article=177> (consulté le 19 décembre)
Résumé :
Les objets de loisirs numériques prennent de plus en plus de place dans notre vie. Du baladeur au téléphone mobile, tous concourent à la diffusion de la musique sous forme numérique. Ces pratiques touchent désormais toutes les strates de la société et la musique représente la moitié de l’activité de la population sur internet. L’utilisation des réseaux peer-to-peer transforme l’utilisateur en passionné de musique. Avec la notion de web 2.0 de nouveaux fondements : l’accessibilité de n’importe quel ordinateur aux fonctionnalités et logiciels grâce à des plates-formes hébergeant les applications et aussi la création de contenu par les internautes qui indexent leurs documents par eux-mêmes. Cette situation offre de nouvelles possibilités pour rechercher et découvrir la musique sur internet.
De grandes tendances peuvent être dégagées parmi cette pléthore d’offres musicales. Tout d’abord, on peut retrouver les offres légales de téléchargement. Les plus nombreuses proposent l’achat de titres à l’unité. Par ailleurs, de nombreuses sociétés proposent aussi la location (le visiteur n’est pas propriétaire de la musique, celle-ci devenant illisible). La vente de musique numérique se porte bien et a doublé en 2006, compensant la chute des ventes de CD.
Malgré les fortes dissuasions, les systèmes d’échanges entre particuliers sont toujours très importants. La loi DADVSI parait difficilement applicable aux professionnels tant cette pratique se répand avec de nouvelles technologies plus performantes et plus accessibles.
Face à l’impossibilité du contrôle, la rémunération des artistes est alors au cœur des débats. Si certains artistes se rangent du côté de la DADVSI et des labels prônant l’économie de la rareté, de nombreuses personnes recherchent des solutions alternatives avec par exemple des fichiers de libre usage sous licence Creative Commons.
La musique n’est pas la seule offre numérique sonore. On peut retrouver sur Internet les webradios ou les audiolivres. Le plus grand phénomène de ces derniers mois est la généralisation du podcasting. Celui-ci permet de recevoir automatiquement le fichier son d’un site. Avec la facilité de création et de diffusion du podcast et l’imagination de la communauté, de nombreuses formes se sont développées allant du journal intime sonore aux chroniques de disques ou créations musicales.
En associant toutes ces technologies, une certaine socialisation virtuelle se crée. 18% des français ont crée un blog dans la première moitié de 2006, ce qui est le meilleur moyen pour les artistes de se faire connaître. Une proximité entre fans et musiciens et une interactivité avec les systèmes de commentaires crée une alchimie passant par ces nouveaux réseaux sociaux.
Ainsi, deux expériences montrent qu’une mutation du marché de la musique est peut-être en cours. La plate-forme MySpace va proposer à la vente la musique de 3000 groupes indépendants et Universal propose des extraits de son catalogue avec un réseau P2P.
Après les types de présentation ‘les autres achats de ceux qui ont acheté le produit…’, d’autres systèmes de recommandation ont vu le jour. Deux attitudes : un réseau communautaire virtuel où le visiteur est actif, ou un système d’algorythme et de sérendipité proposé par exemple par Pandora. Ainsi en fonction de vos goûts et de vos musiques écoutées, certains programmes vous proposent des suggestions. Des systèmes de partage et de création de groupes naissent sur Internet autour de ces recommandations, créant une dynamique parmi ses réseaux musicaux virtuels.
Les moteurs de recherche s’adaptent déjà en proposant des portails spécifiques. Les blogs quant à eux naviguent par les flux RSS de mots-clés. Des moteurs de recherches spécifiques à la musique proposent des accès plus sophistiqués. Par exemple LivePlasma propose une recherche par artiste et affiche le résultat sous forme de carte avec les artistes proches.
On voit comment les ordinateurs ont une influence certaine sur l’évolution des pratiques musicales. La musique assistée par ordinateur s’est largement démocratisée et les artistes peuvent se passe de studios d’enregistrement et produire chez eux. Ainsi des amateurs ou professionnels non signés se font connaître par internet.
D’après Sylvie Krstulovic et Alban Martin, le plus important pour le public est l’expérience musicale, qui se manifeste plus particulièrement en réduisant la distance avec les fans, ce qui passe par les concerts (en pleine expansion) et par Internet. La possibilité de choisir entre plusieurs versions d’un morceau ou encore la promotion d’un artiste par les réseaux sociaux sont des exemples de lien entre l’artiste et le public passant par la toile.
La situation des bibliothèques musicales françaises est assez limitée, celles-ci proposant peu de services en ligne. A part quelques expériences isolées, les limites juridiques et budgetaires freinent considérablement l’évolution. Mais le statut encore flou du podcast pourrait permettre des expérimentations aux bibliothèques. Les sites aussi méritent de l’attention avec par exemple une interactivité des catalogues dans la lignée du Web 2.0.
La découverte musicale pourrait être favorisée par l’édition de contenus sur Internet. Pas forcément des critiques de disques mais plutôt des parcours différents dans un milieu musical. Les bibliothécaires musicaux sont les mieux placés pour ces actions. D’une par l’éclectisme de leur connaissance musicale et d’autre part leur capacité à rechercher des contenus leur donne un avantage certain. Il apparaît urgent de se préoccuper maintenant de lancer des projets de ce type de manière coopérative pour ne pas disperser les énergies.
Tout d’abord, il faut se familiariser avec les évolutions d’Internet, participer, faire de la veille, pour enfin prendre du recul. Pourquoi ne pas jouer aussi un rôle de transmission auprès des usagers sur l’utilisation du podcast par exemple ou sur les portails de recherche de musique ?
Deux expériences de bibliothèques musicales virtuelles sont déjà tentées. Mais cela semble prématuré car les offres de musique numérique légale sont loin d’être satisfaisantes. Les conditions financières sont peu négociables et la qualité sonore due à la compression laisse aussi à désirer.
L’internaute est submergé par la multiplication des contenus musicaux. Le rôle de sélection, validation et mise en valeur qu’effectue le bibliothécaire est à appliquer aux ressources musicales. Valoriser ces collections qui ne sont pas numérisées, sous forme de podcast par exemple, est une piste à suivre.
La crainte de la disparition des discothèques au sein du réseau doit encourager à créer une bibliothèque musicale hybride enrichie de nouveaux services accessibles su place ou à distance.
Avis :
Ce texte est une ressource précieuse pour le professionnel puisqu’il recense les tendances actuelles du Web concernant la musique et montre les orientations que ces pratiques culturelles musicales peuvent prendre. Certes, les bibliothèques devancent rarement les nouvelles pratiques sociales mais les alarmes de l’auteur ne me paraissent pas inutiles au vu du décalage entre l’offre des bibliothèques et les utilisations de l’usager. Les suggestions comme le podcast demande déjà des connaissances du réseau social du web qui ne me paraissent pas généralisées. Mais l’idée de valorisation du contenu musical des bibliothèques est une évidence tant les compétences d’un bibliothécaire s’adaptent à cette tâche. Reste à dégager des projets communs viables dans cette vague instable de l’utilisation des ressources musicales numériques.
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